Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne vois jamais autant
de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n´est pas d´objet plus
profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu´une
fenêtre éclairée d´une chandelle. Ce qu´on peut voir au soleil est toujours moins
intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir où lumineux
vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par-delà de vagues de toits, j´aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre.
Toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage,
avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j´ai refait l´histoire de
cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même
en pleurant.
Si c´eût été un pauvre vieux homme, j´aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d´avoir vécu et souffert dans d´autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? »
Qu´importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m´a aidé à vivre,
à sentir que je suis et ce que je suis ?
Petits poèmes en prose, XXXV, 1862
Las ventanas
Quien mira hacia afuera a través de una ventana abierta, nunca ve tantas cosas como el que mira una ventana cerrada. No existe objeto más profundo, más misterioso, más fecundo, más tenebroso más deslumbrante que una ventana iluminada por una candela. Lo que podemos ver a la luz es siempre menos interesante que lo que ocurre tras una vidriera. En este agujero negro o luminoso vive la vida, sueña la vida, sufre la vida.
Por encima de las ondas de los tejados, diviso a una mujer madura, arrugada ya, pobre, inclinada siempre sobre algo, y que no sale nunca. Con su rostro, con su atuendo, con su gesto, con casi nada, he rehecho la historia de esta mujer, o mejor su leyenda, y a veces me la cuento a mí mismo llorando.
De haber sido un pobre viejo, hubiera rehecho la suya con la misma facilidad.
Y me acuesto, orgulloso de haber vivido y sufrido por otros distintos de mí.
Tal vez me diréis: ¿Qué importa lo que puede ser la realidad situada fuera de mí, si me ha ayudado a vivir, a sentir mi ser y qué es mi ser?
Pequeños poemas en prosa, XXXV, 1862
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